05/01/2009

A PROPOS DU TAMBOUR MAJOR (suite)

Dans le dernier article consacré aux origines historiques de la compagnie des "Volontaires Réunis", figurait une estampe anonyme, représentant les Volontaires Montois, défilant sur la Grand-Place de Bruxelles, le 14 juin 1787. Au centre, on remarque leur fameux Tambour Major, le Comte de Tallard, commandant la musique habillée à la "Turque" et levant son turban sur sa canne (voir agrandissement ci-dessous).

TMtallard1

Dans le catalogue de l'exposition sur la Révolution Brabançonne (Musée Royal de l'Armée - 15 octobre-15 novembre 1983, objet n°57), le commentaire concernant cette estampe est le suivant : "Les volontaires hainuyers défilent en uniforme avec leur musique et leurs drapeaux sur la grand'place de Bruxelles. Le petit groupe de musiciens en tenue à la turque, précédé du comte de Tallard, tambour-major, retiendra l'attention. La guerre entre Autrichiens et Turcs était à l'origine de cette mode vestimentaire. Ces Hainuyers avaient gagné Bruxelles le 15 juin 1787 (ndlr : on sait maintenant que c'est le 14 juin) pour manifester leur solidarité avec les Etats de Brabant, dans le combat mené par ceux-ci pour défendre les anciens privilèges."

TM

 

Extrait des : "Annales du Cercle Archéologique de Mons, Tome 3, page 245.

Dans le livre de Liliane et Fred Funcken : "L' Uniforme et les armes des soldats de la guerre en dentelle", Tome 2, Ed. Casterman, page 119 ; on peut voir une image du Tambour-Major des Volontaires Montois (voir ci-dessous). Cette illustration confirme l'habit "à la Turque" dont il est question ci-dessus.

TMF

Plusieurs sources indiquent que le Tambour-Major des Volontaires Montois était le Comte de Tallard (ou Comte Tallard). On sait peu de choses à son sujet, mais les rares informations le concernant, le présentent comme un personnage assez particulier : noble, conservateur, fanfaron et bravache ...

J'ai retrouvé sa trace sur le site officiel de la ville de Mons, dans la légende de Marie de Cronval, dont deux extraits sont reproduits ci-dessous :(http://www.mons.be/toprint.aspx?GUID=%7B1AE26805-86F9-11DA-9731-0002A58CB319%7D&LNG=FRA) :

"...Quelques temps après, réunis dans un cabaret autour du « Comte » Tallard, le Chef de la Musique Turque et le meneur des troubles, nos révolutionnaires conservateurs se remémorent bruyamment leurs exploits..."

"...Pour Tallard, le bravache tonitruant, rien à faire ! C’est un complot et une provocation contre la noblesse et la religion..."

A la lecture de ce qui précède, il semble bien qu'à Mons, il n'existait qu'une seule musique pour toutes les compagnies de volontaires et que, par provocation envers le régime Autrichien, elle était habillée "à la Turque". Nous sommes obligés d'admettre que, pour respecter strictement la réalité historique, notre Tambour-Major et notre batterie auraient dû adopter cet habillement.

Or, les membres fondateurs de notre compagnie ne pouvaient pas ignorer l'habillement de la musique des volontaires montois de 1787 :

- Ils ont effectué des recherches historiques au musée de l'Armée de Bruxelles et c'est précisément à cet endroit, que se trouve l'estampe montrant les volontaires de Mons défilant sur la Grand-Place.

- Ils ont consulté le livre du Colonel Rouen, "L'Armée Belge", dans lequel figure une gravure représentant le Tambour-Major de Mons, à l'époque de la Révolution Brabançonne.

- Enfin, la copie d'une lettre conservée dans nos archives, datée du 2 juin 1962 et signée par Monsieur Jean Georgery (membre fondateur et premier commandant de notre compagnie) confirme sa connaissance du sujet, en voici un extrait :

"... A l'époque, (fin XVIIIe. siècle), il existait : soit deux tambours et deux fifres ou trois tambours et un fifre par compagnie isolée, mais on ne mentionne nulle part la présence d'un tambour-major. Cependant, à Mons, où s'étaient formées huit compagnies de Volontaires-Patriotes, existait effectivement un tambour-major dont l'uniforme, la chose est bizarre, avait quelque analogie avec celui d'un "mameluk" ou "mamelouk"..." 

Lors des premières prestations, notre compagnie défilait sans Tambour-Major. Comme le montre la photo ci-dessus, prise lors de la prestation à Mons, le dimanche 14 septembre 1958, la batterie comptait un seul tambour (M. Jules Thibaut) et deux fifres.

Le choix de ne pas habiller notre batterie et notre Tambour-Major "à la Turque" a donc été fait délibérément. Pourquoi ?

Sans document et sans témoignage probant, il est difficile de répondre à cette question. Cependant, il faut se rappeler que lors de la constitution de notre compagnie, en septembre 1957, il s'agissait avant tout d'intégrer un nouveau peloton à la Marche Militaire Saint-Roch de Ham-sur-Heure. Cette intégration ne s'est pas faite facilement ; il n'était pas évident de faire accepter un uniforme très différent de ceux qui étaient généralement en usage, dans les Marches de l'Entre Sambre et Meuse. L'uniforme rouge des Volontaires Réunis était en rupture avec les "habitudes traditionnelles" ; la présentation, la discipline et la prestance des nouveaux venus suscita l'admiration, mais aussi de virulentes critiques. L'adoption par nos tambours de l'habit "à la Turque" risquait d'accentuer le décalage avec la "tradition" et donc les réactions négatives. Il est possible que nos membres fondateurs aient voulu ménager les partisans d'une tradition trop bien ancrée, afin d'éviter le rejet du nouveau peloton et surtout sa disparition prématurée. Ont-ils pour autant commis une hérésie historique ? La réponse est à nuancer.

En effet, pour reconstituer l'uniforme de la batterie et du Tambour-Major, ils se sont inspirés d'autres documents d'époque, ou traitant de la Révolution Brabançonne, tels ceux qui sont reproduits ci-dessous. On peut donc affirmer que dans sa présentation générale, notre batterie est assez conforme à ce que l'on pouvait voir entre 1787 et 1790.

                 

bat

 COMINES - DIMANCHE 12 OCTOBRE 2008

12:04 Écrit par Le Petit Volontaire dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.